Mayotte, 7 mois plus tard

Vivre à Mayotte, mon bilan après 7 mois

J’ai quitté la métropole avec des doutes, je partirai de cette île avec des certitudes. Plongée au cœur de ses paradoxes, Mayotte m’a donné envie de vous partager un bout de ma vie ici.

On entend trop peu parler de ce département français, qui en a pourtant tellement à nous apprendre sur la tolérance, le vivre ensemble.

Avant mon départ, l’amer constat

« Ça te dit de partir vivre à Mayotte ?« . Voilà comment l’idée a germé de déménager sur une île que je ne savais même pas situer sur la carte (oui, la géographie, ce n’est pas mon fort…).

Notre première destination voyage devait être l’Australie, mais le Covid est venu bousculer nos plans. N’ayant plus d’espoir quant à notre road-trip, j’ai répondu sans trop y croire “Tant qu’on part, ça me va !”.

Et puis vient le moment des entretiens, de la confirmation, et de la mise en place de la date de prise de poste. Tout devient très vite concret, peut-être trop vite pour moi.

Comme de nombreuses personnes avant de partir, j’ai fait la recherche “Vivre à Mayotte” sur les moteurs de recherches, et mon entrain du départ s’est vite transformé en appréhension. Je suis tombée sur des témoignages de violences, de délinquance, de peur et de mauvaises expériences sur cette île. J’avais, certes, envie d’aventures, mais je n’avais aucune envie de vivre dans la crainte de sortir de chez moi.

Pourtant, je me suis laissée porter, et j’ai pris la décision de tout quitter pour venir vivre dans un endroit qui me semblait tout sauf paradisiaque. J’ai eu la chance d’être en contact avec une agence d’intérim qui s’est occupée de me trouver un logement sur place, j’avais donc au moins cette réassurance d’avoir une situation stable en arrivant.

21 octobre, la date du départ ; je ne réalise pas tout à fait que dans 12h, je serai à 8 000 kilomètres de ma famille

Mes premières impressions, destination l’île aux parfums

En entrant dans l’avion, j’ai quand même eu le plaisir de retrouver ce sentiment de déconnexion, j’avais hâte de découvrir un nouvel endroit, je voulais en apprendre encore davantage sur moi-même.

J’ai fait escale à La Réunion pour une nuit, ce qui est venu renforcer les appréhensions déjà présentes pendant ces quelques heures de vol. Les quelques personnes que j’ai pu croiser (majoritairement le personnel de l’aéroport) m’ont dressé une image de Mayotte pire que celle que j’avais déjà lue ; « Barricadez chez vous, vous allez vous faire voler jusqu’à vos vêtements étendus dehors” ou encore “Vous allez dans un endroit en guerre contre des enfants”. Encore aujourd’hui, ces phrases résonnent dans ma tête.

Une partie de moi était terrorisée de ce que j’allais trouver là-bas, une autre était curieuse de voir la situation de mes propres yeux.

De la spéculation à la réalité

J’atteri le 23 octobre 2020 à Dzaoudzi, ville où se trouve l’aéroport de Mayotte, sur Petite-Terre.

A première vue, l’île me paraît accueillante, je vois écrit sur le sol “Caribou Maoré” lors de l’atterrissage (qui signifie “Bienvenue à Mayotte” en shimaoré, l’une des trois langues locales).

Dès notre sortie de l’aéroport, un chauffeur missionné par l’agence d’intérim nous attend, avec les colliers de fleurs traditionnellement offerts aux nouveaux arrivants. Une vraie scène de film, qui nous donne immédiatement le sourire et nous fait relâcher la pression accumulée ces derniers jours.

Pour rejoindre Grande-Terre, je découvre le transport en commun local : la barge, qui fait la liaison entre les deux îles qui composent Mayotte. Je découvre alors de loin les bidonvilles, ici appelés les “bangas”, habitations de fortunes faites de plaques en tôles. C’est la première fois que mon sourire se crispe depuis que je suis arrivée : la pauvreté est bien présente, visible.

Je découvre, sur la suite du trajet en voiture, jusqu’à la ville de Sada située dans le centre-ouest, quelques villes parmi la végétation qui prend place sur une majeure partie de l’île.

Les villes de Mayotte, dépaysantes

Une fois passé Mamoudzou, la nature est encore très présente sur une bonne partie de l’île. Les villes ne sont pas très étendues, et souvent séparées par une route sinueuse de quelques kilomètres. Les habitations sont très diverses : certaines ne paraissent pas terminées (les murs en parpaing sont tel quel), d’autres sont au contraire très colorées, certaines sont faites de plaques en tôle. C’est un indicatif de la situation sociale des familles qui y vivent : les plus pauvres résident à côté des plus riches, le choc est total.

Une île divisée en deux climats de vie

D’une part, la vigilance…

La violence et la délinquance qui semblaient omniprésentes et surtout inévitables lors de mes recherches sur la vie à Mayotte ne sont pas illusoires, elles sont bel et bien présentes, en majorité dans le nord de l’île. Plusieurs faits dramatiques ont eu lieu en début d’année 2021, la population de l’île s’est révoltée afin de faire entendre ses revendications, dans le but de protéger les enfants (car ce sont majoritairement eux les victimes, aux abords des écoles ou dans la rue lors de règlements de compte).

Mayotte et sa population sont malheureusement au cœur du paradoxe entre son statut de département français depuis 2011 et son emplacement géographique au sein de l’Archipel des Comores. L’immigration y est très fréquente, et le renvoi du territoire de certains parents en situation irrégulière laisse les enfants venus avec eux isolés sur l’île. Les structures sociales ne sont pas encore assez présentes pour pouvoir les accueillir, mais celles-ci se développent petit à petit.

Il est encore difficile pour moi de me positionner face à ces faits de violences qui touchent l’île, et concernant l’immigration à Mayotte. Il est évident que cela est le principal (peut-être le seul) point noir de la vie ici, mais que viennent chercher ces personnes qui risquent leur vie pour arriver sur le territoire ? La France a laissé des traces indélébiles de sa colonisation des Comores, indépendante depuis 1975, et fait rêver par les avantages sociaux, médicaux, professionnels qu’elle peut offrir. 

Qui sommes-nous pour reprocher à des humains d’espérer y trouver un meilleur avenir ?

Évidemment que le vol, les agressions, etc, ne sont pas une solution. Mais que devient un enfant quelconque quand il n’est pas éduqué et responsabilisé par des parents/tuteurs ? Je suis éducatrice spécialisée, et en métropole, comme j’imagine partout dans le monde, il n’est pas rare de voir des enfants en manque de repère passer par une phase similaire. Les structures sociales sont plus nombreuses et ils sont donc plus rapidement pris en charge pour la majeure partie.

Mon âme du social essaye de comprendre les circonstances qui poussent une partie de la jeunesse à ne pas prendre « un bon chemin », mais ma part d’humaine comprend également la lassitude des Mahorais face à cette situation. Mais quelle est donc la solution pour ne pas négliger une partie de la population, tout en protégeant l’autre ? C’est la question qui ne me quitte pas depuis quelques mois…

… de l’autre, des endroits à en couper le souffle

Mayotte est une île magnifique, où le climat y est agréable toute l’année : de septembre à février, c’est la saison sèche, où il fait plus chaud (entre 28 et 32°) et où il n’y a pas de pluie. Les activités peuvent être prévues en avance les yeux fermés, le soleil sera au rendez-vous ! C’est la meilleure période pour découvrir l’île.

Dès notre arrivée, nous étions toujours de sortie : chaque moment de libre, nous découvrions un nouvel endroit. L’avantage de devoir prévoir des sorties en groupe (à cause du risque d’aggression, comme expliqué plus haut. Juste pour précision, ça ne m’est jamais arrivé en sortant TOUS les week-ends, mais on ne sait jamais), c’est que l’on y rencontre très rapidement nos futurs compagnons d’aventures : nous avions un groupe de 20 personnes qui prévoyaient régulièrement des sorties au 4 coins de l’île.

Je n’ai aucun doute sur le fait que vous trouviez des activités qui vous laisse sans voix : 

– le traditionnel PMT (Palmes Masque Tuba) est accessible partout sans trop d’effort, et la barrière de corail est incroyable ;

– les randonnées peuvent se choisir selon votre envie, mais globalement sont accessibles à tous les niveaux. Vous marcherez le plus souvent avec la vue sur le lagon à côté, et des points de vue magnifiques ;

– les excursions avec des prestataires, sorties bateaux avec des pêcheurs, vous feront découvrir les nombreux îlots. Nul doute que vous oublierez tout ce que l’on a pu vous dire avant sur Mayotte…

Mayotte, le plus grand lagon de l’Océan Indien

Vous allez certainement trouver ça fou, mais avant de le voir de mes propres yeux, je ne savais pas exactement ce qu’était un lagon. J’avais vraiment besoin de voyager et d’ouvrir mon esprit… Pour ceux qui, comme moi, ne savent pas ce que c’est, petite parenthèse Ushaïa Nature :

Un lagon est une étendue d’eau de mer peu profonde fermée au large du littoral par un récif corallien. Les eaux d’un lagon sont généralement calmes et offrent des conditions de sécurité optimales pour les baigneurs. Un lagon constitue également un lieu de vie idéal pour de nombreuses espèces sous-marines : coraux, mollusques, crustacés, poissons, … Les jeunes poissons peuvent ainsi se développer dans des conditions d’existence idéales, à l’abri des prédateurs et des forts courants.

Source : Plongée à la carte

Et voici ce que ça donne en image !

En plus d’être beau, le lagon est une vraie opportunité d’observer plusieurs animaux marins : il est fréquent de voir des poissons, des tortues ou des dauphins, ainsi que des baleines de juillet à novembre.

Vous vous rendez compte ? Nager avec des animaux marins, dans leur environnement naturel ? Mayotte est vraiment surprenante…

Après 7 mois, Mayotte c’est vivable ?

Mayotte est un condensé d’émotions, car tout va très vite. Je n’ai pas pris le temps de détailler sur les rencontres que j’ai pu faire (dites-moi si cela vous intéresse dans un prochain article ?), le turnover et donc la rupture des habitudes prises avec le cercle amical, les opportunités professionnelles qui se présentent et qui donnent envie de les saisir même si ça n’est pas le projet initial, mais cela fait parti intégrante de la vie à Mayotte.

J’ai eu la chance de vivre une année incroyable, malgré les quelques semaines de confinement et les restrictions de voyage. J’ai pu faire des rencontres que je n’oublierai pas, j’ai pu m’ouvrir sur des sujets qui ne me traversait qu’à peine l’esprit, j’ai compris les problématiques d’une île dont on parle peu. J’ai eu des appréhensions, mais j’ai eu beaucoup trop de belles expériences pour pouvoir réduire Mayotte au négatif que j’ai pu lire avant de venir sur place.

C’est un département français dont les problématiques sont sérieuses, et dont il faut tenir compte urgemment. C’est aussi un endroit qui m’a donné envie de rester y vivre une année de plus, de découvrir les pays qui se trouvent à proximité ainsi que leur culture et leur population. 

J’ai découvert la cohabitation entre la France et l’Islam, et honnêtement, la métropole a des leçons à tirer de son dernier département.

Mayotte c’est totalement vivable, sur le long terme et sur le court terme. Il faut être préparé à un dépaysement, prévoir de partir avec l’esprit ouvert pour en apprendre un maximum de la population et des rencontres ici. 

Je vous recommande de venir tenter une expérience, tout en ayant conscience que vous venez sur un territoire en développement. 

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